12°, 15° ou 18° : ce que ces écarts d’horaires changent vraiment pour vos prières
Chaque année, à l’approche du Ramadan, c’est la même partition qui se rejoue dans les foyers musulmans de France : « On rompt le jeûne à quelle heure exactement ? » Derrière cette question presque anodine, se cache un vrai casse-tête astronomique, où les chiffres 12°, 15° et 18° n’évoquent ni la météo, ni la position de vos volets, mais bien votre agenda spirituel ! Plongée dans les arcanes des horaires de prière, là où le ciel n’est jamais tout à fait d’accord avec les sociétés humaines…
Comprendre le débat des degrés : quand l’astronomie bouscule la spiritualité
- Entre 12° et 18° de latitude, les heures de prières peuvent varier de plus ou moins 30 minutes dans une même ville, en fonction des saisons, à l’aube (fajr) et la nuit (icha).
- Pourquoi ces écarts ? Parce que la fixation des horaires de prière dépend de calculs astronomiques précis, eux-mêmes rapportés à différents degrés d’apparition ou de disparition de la lumière solaire.
- Les deux principales fédérations musulmanes en France sont à la manœuvre : l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), fidèle au 12°, et la Grande Mosquée de Paris (GMP), partisane du 18°.
Le résultat ? Au sein d’une même ville, on peut se retrouver à jeûner ou à prier avec une demi-heure d’écart… autant dire qu’il vaut mieux s’entendre avant d’inviter la famille pour l’iftar ! Cependant, bonne nouvelle : sur le plan religieux, ces deux choix sont tous deux valides – mais cela n’empêche ni la perplexité, ni les discussions animées dans les salons.
Pourquoi cette question agite-t-elle particulièrement le Ramadan ?
C’est simple : le temps du jeûne musulman commence à l’aube (fajr) et se termine au coucher du soleil (maghreb). Or, au mois de Ramadan, l’attention portée à la moindre minute s’intensifie (pas question d’engloutir une datte trop tôt ou trop tard !).
S’ajoute à cela que depuis plusieurs années, sur la blogosphère musulmane, certains mettent en garde contre « le danger de manger après l’heure légale » si l’on s’en tient au 12° lors du Ramadan. Pourtant, la majorité des jurisconsultes sont formels : 12° comme 18° sont acceptés théologiquement – alors, pourquoi ce psychodrame annuel ?
Cheminement vers un consensus (lent, très lent…)
- En octobre 2015, l’UOIF et la GMP ont mis en place une commission mixte pour tenter d’harmoniser leurs calendriers. Pour l’instant, pas de percée spectaculaire.
- Côté GMP, on imagine une solution médiane : privilégier 14° ou 15°. Côté UOIF, aucune volonté manifeste de se rallier à cette idée.
- Fouad Alaoui, ancien président de l’UOIF et éditeur des calendriers de prière, propose une approche évolutive : et si l’on adaptait les degrés au fil de l’année, passant du 12° en été au 18° en hiver ? Il souligne que cela reflèterait d’ailleurs la réalité des latitudes françaises et de l’Europe du Nord, où la plage des calculs va de 12° à 19°.
Pour Fouad Alaoui, il n’y a pas d’obligation à rester bloqué sur le même degré toute l’année. Et il rappelle – en bon rappel historique – qu’à l’époque du Prophète, les calendriers n’existaient tout simplement pas : « Cette progression se faisait naturellement et personne ne s’en rendait compte. Pourquoi tenir à un calendrier figé ? » Il met en garde, cela dit, contre un changement trop brusque entre saisons, qui risquerait de déstabiliser les fidèles – déjà que la vie moderne ne manque pas de surprises…
Quant au 15°, utilisé notamment en Amérique du Nord ? Il reste rare en France, et les partisans ne semblent pas avoir d’arguments théologiques fracassants à l’appui.
Un consensus nécessaire, mais les montagnes bougent lentement…
La solution mise en avant par Fouad Alaoui serait donc d’établir un calendrier des horaires de prières « évolutif », selon une méthode de calcul unique, ajustée progressivement entre 12° et 18° selon les saisons. Mais, reconnaît-il, chaque organisation tient encore à ses positions – question d’influence, d’habitude et, avouons-le, un peu de prestige communautaire…
La création de la commission mixte est saluée, mais aucun des deux camps ne semble prêt à lâcher prise. Le sujet reste ouvert, et il est probable que vos groupes WhatsApp, cette année encore, égrèneront les memes sur la minute gagnée ou perdue au sahur !
Conclusion (moment sagesse) : L’essentiel ? Se rappeler que la diversité des méthodes de calcul est reconnue religieusement, et que ce qui compte, c’est l’intention et la sincérité de chacun. Nul besoin de transformer chaque début et fin de jeûne en duel mathématique ! En attendant le grand consensus, privilégiez l’unité et la sérénité dans vos foyers… et à vos réveils, mais pas trop tôt, c’est permis.
