Pourquoi l'hypocrisie est apparue à Médine
Il y avait des raisons évidentes pour que le phénomène de l’hypocrisie apparaisse à Médine. Les premiers musulmans de La Mecque n’étaient ni assez forts ni assez influents pour faire craindre aux gens ou tenter de les apaiser.
En effet, les habitants de La Mecque, et en particulier ses dirigeants et notables, se sont opposés au Prophète (que la paix et la bénédiction soient sur lui) de manière très ouverte, ont infligé beaucoup de mal aux musulmans et ont recouru à toutes les mesures en leur pouvoir pour freiner l'avancée de la nouvelle religion.
En raison de cette persécution, les musulmans ont été soumis à certains d'émigrer en Abyssinie, puis à Médine. En fait, certains d’entre eux ont été soumis à des pressions si insupportables qu’ils ont dû renoncer à leur foi : soit sous la torture, soit sous l’attrait de la tentation. Cette situation est devenue si extrême que quelques-uns sont même morts sous la torture.
À Médine, la situation était nettement différente. Avant sa migration là-bas, le Prophète était en mesure de recruter un certain nombre de partisans forts et influents parmi les deux tribus des Aws et des Khazraj. Il n'a émigré qu'après s'être assuré de la situation favorable qui y régnait. En effet, il n’y avait pratiquement aucune maison arabe à Médine sans des adeptes de l’Islam dans la famille.
Sans aucun doute, nombreux sont ceux qui ont rejeté l'Islam, soit parce qu'ils ont choisi de ne pas écouter son message, soit parce qu'ils étaient pleins d'hostilité, réalisant que l'arrivée du Prophète à Médine menaçait leur position de leadership et d'influence.
Ils se rendirent cependant compte qu'ils ne pouvaient pas adopter une attitude ouvertement hostile envers le Prophète et ses partisans (les immigrés mecquois) et (les partisans de Médine).
De plus, l’affiliation tribale constituait un facteur important empêchant une telle hostilité ouverte. En effet, la grande majorité de leurs propres tribus, les Aws et les Khazraj, étaient désormais musulmanes, apportant un soutien sincère et dévoué au Prophète. C’étaient de bons musulmans qui considéraient le Prophète comme leur propre commandant suprême et le guide qu’ils devaient suivre.
Par conséquent, ceux qui nourrissaient encore des pensées idolâtres et nourrissaient de la rancune dans leur cœur, les poussant à chercher à saper l’Islam, estimaient que leur seule option était de prétendre être musulmans, semblant remplir leurs devoirs islamiques, déclarant leur loyauté continue envers leurs tribus, tout en recourant en même temps aux complots et aux intrigues.
Parfois, cependant, leur opposition sentait l'hypocrisie, généralement lorsque les musulmans étaient confrontés à une crise difficile, et ici les « prétendants » conseillaient la prudence, affirmant que c'était la seule option qui servait les intérêts des musulmans. Inutile de dire qu’ils n’ont pas reconnu qu’ils étaient en fait des incroyants.
Néanmoins, leur véritable attitude d’hypocrisie n’est pas passée inaperçue auprès du Prophète et de ses compagnons. De plus, leur position dans les moments de faiblesse, conseillant une politique de faiblesse, les a encore endurcis dans leur hypocrisie et leur incrédulité.
En outre, les révélations coraniques ont exposé et dénoncé à maintes reprises leurs projets, alertant les prophètes et les croyants de la nécessité d'être très prudents dans leur gestion. L'attitude et les projets de l'hypocrite ont eu, selon la portée des révélations coraniques, un effet d'une grande portée.
Cependant, en peu de temps, le Prophète renforça sa position à Médine et son influence augmenta. L’Islam s’étendait et consolidait sa base de pouvoir. Les hypocrites ne constituaient ni un groupe solide ni une entité clairement identifiée. À mesure que l’Islam prenait le dessus, ils s’affaiblissaient et leur influence diminuait ainsi.
Pour apprécier la menace que représentaient les hypocrites, en particulier au début de l’islam à Médine, il faut cependant rappeler qu’ils pouvaient encore faire appel à des loyautés tribales, restées fortes chez les Arabes. D’ailleurs, ils ne s’étaient pas encore exposés à ce stade. L’Islam n’avait pas encore consolidé son influence sur ses nouveaux adeptes.
De plus, le Prophète était entouré d’idolâtres sur tous les fronts. Les habitants de La Mecque continuaient de jouir d’une position de grande influence parmi les Arabes, et ils étaient à l’affût de toute opportunité d’infliger une défaite écrasante à l’État musulman encore naissant.
Les Juifs de Médine n’ont pas non plus tardé à adopter une position hostile à l’égard du Prophète et de l’Islam. En effet, ils n’ont pas tardé à cimenter une alliance naturelle avec les hypocrites, définissant des objectifs communs en opposition à la communauté musulmane.
En fait, les hypocrites n’auraient pas pu causer autant de mal au Prophète et à ses partisans s’ils n’avaient pas eu le soutien des Juifs et le type d’alliance que les deux groupes ont forgé. Néanmoins, leur influence s'est progressivement affaiblie et le danger qu'ils représentaient s'est atténué seulement après qu'Allah ait déjoué leurs plans et permis au Prophète de remporter la victoire sur eux.
Références
Sirat al-Rasul : Suwar Muqtabasah min al-Coran al-Karim ; A l'ombre du Coran
