Le burkini, ou maillot de bain intégral, est à nouveau au centre d’une dispute politique en France alors que le conseil municipal de Grenoble se prépare à débattre de l’assouplissement des règles sur les maillots de bain dans les piscines en plein air.

Les règles sur les maillots de bain sont strictes dans la majorité des piscines publiques françaises. Par exemple, les hommes doivent porter des maillots de course moulants et ne peuvent pas porter de shorts de surf plus longs. Actuellement, dans les piscines municipales de Grenoble, les hauts anti-UV sont interdits, sauf les hauts à manches courtes pour les enfants de moins de 10 ans, ou pour les adultes qui présentent une note médicale de leur médecin.

Éric Piolle, le maire vert de Grenoble, qui se trouve au pied des Alpes françaises, a déposé une motion pour la réunion du conseil municipal de lundi afin de discuter de sa proposition permettant aux gens de s’habiller « comme ils aiment » dans les piscines extérieures. Les nouvelles règles permettraient aux femmes comme aux hommes de nager seins nus et à tous les nageurs de porter des maillots de bain complets, que ce soit pour se protéger du soleil ou pour leurs croyances religieuses personnelles.

Le chef de droite de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, a menacé de retirer tous les financements régionaux à la ville si les règles sont assouplies.

« M. Piolle entend autoriser le burkini dans les piscines municipales. Je le préviens : s’il le fait, la région coupera tout financement à la ville de Grenoble », a tweeté Wauquiez. « Pas un centime« De l’argent régional » financera votre soumission à l’islamisme », a-t-il ajouté.

M.Piolle projette d’autoriser le burkini dans les piscines municipales.
Je mets le maire en garde : dans ce cas, la Région coupera toute subvention à la ville de Grenoble. Pas un centime des Auvergnats-Rhônalpins ne financera votre soumission à l’islamisme. https://t.co/zrSQaC7OC1

— Laurent Wauquiez (@laurentwauquiez) 2 mai 2022

Une lettre ouverte signée de Jean-Pierre Barbier, le patron de droite du département conseil municipal et les élus de son parti ont déclaré : « Le burkini vise, tout simplement, à imposer des normes islamistes au cœur de la natation et des loisirs publics.

D’autres élus ont signé une lettre ouverte s’opposant aux maillots de bain intégraux, qui selon eux représentaient « l’oppression et l’infériorité des femmes ». Christophe Ferrari, l’ancien chef du parti socialiste de gauche de la région de Grenoble-Alpes, s’est opposé à ces projets et a déclaré que Piolle participait à une « croisade » individuelle « incompréhensible ».

La ligne a été saisie à l’approche des élections législatives du mois prochain, où le groupe centriste du président nouvellement réélu Emmanuel Macron espère remporter la majorité mais est confronté au défi d’une alliance de partis de gauche, qui est dirigée par Jean-Luc Mélenchon de la gauche radicale et comprend des Verts et des Socialistes. À l’extrême droite, le Rassemblement national de Marine Le Pen vise également à augmenter ses sièges.

Le Pen a utilisé la ligne burkini pour attaquer la large alliance parlementaire de gauche, affirmant cette semaine que ce groupe comprenait des « défenseurs des burkinis dans les piscines ».

Ce n’est pas la première fois que les maillots de bain intégraux suscitent une dispute politique juste avant une élection clé. À l’été 2016, à l’approche de l’élection présidentielle de 2017, une trentaine de stations balnéaires françaises ont interdit le burkini sur les plages, à la suite d’une initiative du maire de droite de Cannes. La plus haute juridiction administrative du pays a jugé que les décrets anti-burkini constituaient « une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales », dont le droit de se déplacer en public et la liberté de conscience.

À Grenoble, Piolle a déclaré que les nouvelles règles de la piscine ne concernaient pas uniquement les burkinis et que le burkini n’était «pas un problème». Il a déclaré que la dispute montrait que la qualité du débat politique public français était sur une spirale descendante. « Arrêtez de stigmatiser et de discriminer les musulmans dans notre pays », a-t-il déclaré dans une interview à France 2 TV.

Piolle a déclaré que l’assouplissement des règles de la piscine visait à lever les restrictions « discriminatoires » au nom de la santé et de l’égalité. « Arrêtez de transformer les femmes en objets sexuels en disant ce qu’elles doivent porter », a-t-il déclaré.

La querelle a recentré l’attention sur la laïcité en France, où la république est construite sur une séparation stricte de l’Église et de l’État, destinée à favoriser l’égalité de toutes les croyances privées. Cela impose à l’État d’être neutre en matière de religion et laisse à chacun la liberté de pratiquer sa foi tant qu’il n’y a pas de menace à l’ordre public.

Piolle a déclaré que les burkinis dans les piscines n’avaient rien à voir avec la laïcité française. Les responsables de l’État en France sont tenus de ne pas porter de symboles religieux ostentatoires au travail pour protéger la neutralité de l’État, mais Piolle a déclaré que les utilisateurs des services publics, tels que les nageurs, étaient simplement des membres du public qui étaient libres de s’habiller à leur guise. Dans une vidéo publiée sur Twitter, Piolle a déclaré: « Nous voulons un service public accessible à tous. »

En écoutant de CNews jusqu’au Printemps Républicain, je serais apparemment « islamo-gauchiste » et « wokiste ».

Les mots inventés par l’extrême droite empoisonnent le débat public. Je suis universaliste, je me bats contre l’antisémitisme, le racisme et toutes les discriminations. pic.twitter.com/JcTphGBPu4

— Éric Piolle (@EricPiolle) 10 mai 2022

Les nouvelles règles proposées pour les maillots de bain seront débattues lors d’une réunion du conseil de Grenoble le 16 mai.