Ni mannequin ni actrice pro : Sania Halifa, 17 ans, crève l’écran grâce à son albinisme

À 17 ans, Sania Halifa s’impose comme une révélation du cinéma hexagonal, non pas en tant que mannequin ou actrice chevronnée, mais grâce à une présence lumineuse, viscéralement humaine, et à un parcours qui défie tous les poncifs. Portrait d’une lycéenne albinos dont l’apparition à l’écran, dans « Hawa » de Maïmouna Doucouré, ne passe vraiment pas inaperçue.

Des Comores à la France : l’itinéraire d’une adolescente pas comme les autres

Sania Halifa est en terminale S et, si décider de l’orientation post-bac peut donner des sueurs froides à n’importe qui, la jeune femme hésite encore entre psychologie et médecine. Originaire des Comores et de Madagascar, Sania ne ressemble pas physiquement à ses parents. Sa chevelure blonde aux reflets dorés et sa peau diaphane détonnent, fruit de son albinisme, une particularité qui, loin de lui être un frein, l’a propulsée devant la caméra.

Le déclic ? Un casting partagé sur un groupe Instagram, véritable réseau de soutien où se croisent des jeunes albinos, l’invite à tenter sa chance pour incarner Hawa, héroïne du film éponyme de Maïmouna Doucouré (Amazon Prime Video). Pour décrocher ce rôle principal, il fallait justement avoir « un physique atypique ou être albinos », relate Sania.

« Hawa » : un miroir de la différence… mais sans jamais dire son nom

Dans « Hawa », Sania campe une adolescente de 15 ans, vivant en France auprès de sa grand-mère Maminata, griotte malienne, atteinte d’une maladie incurable. L’histoire : la quête désespérée d’Hawa pour convaincre Michelle Obama, rien que ça, de l’adopter. Si le film promettait d’aborder la différence, surprise : l’albinisme, omniprésent à l’image, n’est jamais nommé. « Il était très important qu’on ne prononce pas ce mot », insiste Sania Halifa.

  • Le film soulève ainsi moult interrogations : pourquoi Hawa n’a-t-elle que sa grand-mère ? Est-elle abandonnée à cause de sa couleur de peau ? A-t-elle fui une société où des personnes comme elle sont persécutées, à l’image de ce que racontait « White Shadow » de Noaz Deshe ?
  • Maïmouna Doucouré choisit de survoler ces réponses pour mieux se concentrer sur le ressenti du personnage, suscitant parfois une frustration chez le spectateur.

Selon Sania, le but est de « soulever de nombreuses questions et de ne pas donner de réponses ». Un parti pris destiné à révéler l’audace de Hawa, et, on l’espère, celle qui sommeille en chacun de nous quand tout part à vau-l’eau.

Sania Halifa, bien loin de la solitude de son personnage

Dans la vraie vie, Sania n’a rien d’une enfant renfermée ou blessée. « Je ne me suis jamais sentie seule, parce que j’ai un frère aîné albinos. J’ai eu un modèle, je savais que j’étais différente, mais je ne voyais pas ça comme une bizarrerie. J’ai été éduquée avec l’idée que ce n’était pas un frein dans la vie », explique-t-elle, rayonnante. « Par chance », elle dit n’avoir jamais subi de discriminations flagrantes ni vécu de brimades à l’école comme son personnage à l’écran.

Son expérience contraste donc nettement avec la solitude d’Hawa, même si, depuis qu’elle est active sur les réseaux sociaux, les réactions désagréables ne manquent pas spécialement sur Twitter. « Quand cela a commencé, j’étais déjà construite. Si on m’avait envoyé de tels messages plus jeune, alors que je cherchais à me définir, cela aurait été destructeur. »

Pour incarner la détresse d’Hawa, Sania s’est donc nourrie des témoignages de jeunes albinos victimes de brimades. Et si, elle-même, n’a jamais été enfermée dans les toilettes de l’école, elle n’ignore pas le regard pesant des autres. « En France ou aux Comores et à Madagascar, on me montre souvent du doigt. Petite, à Madagascar, on me prenait pour une poupée qui marche. » Comme quoi la différence, qu’on la nomme ou pas, ne passe jamais inaperçue.

De la discrétion à la lumière des projecteurs

Avant « Hawa », Sania n’avait joué qu’un petit rôle dans un court-métrage et ne se voyait aucun avenir dans ce domaine. La voici, à 17 ans, coachée avec douceur par Maïmouna Doucouré, donnant la réplique à la légendaire Oumou Sangaré et portant sur ses épaules le poids d’une histoire universelle : la peur de perdre un repère, le chagrin, l’élan de vie malgré tout. « On s’est tous déjà dit : et si ma maman mourrait là, tout de suite ? Je crois que cette peur nous hante, c’est un sentiment universel. »

La révélation Halifa ? Oui, et pas seulement à cause de son albinisme. Mais pour sa sincérité, sa justesse, et cette énergie tranquille qui bouscule les idées reçues.

En brisant le silence autour de la différence, Sania Halifa ouvre une voie : celle, lumineuse et résolue, de l’acceptation de soi. Un exemple à suivre, casting ou pas.