Ni nourriture ni eau pendant des jours : la vraie signification du jeûne religieux dévoilée

Se priver d’eau et de nourriture pendant des jours ? Folie ? Masochisme ? Pas du tout : plongée dans la vraie signification du jeûne religieux, cette pratique qui unit juifs, chrétiens et musulmans bien plus qu’un simple défi à la gourmandise !

Le jeûne, un héritage commun aux trois grands monothéismes

Alors que 2023 a vu converger Pessa’h, la Semaine Sainte et Pâques chrétiennes, et le Ramadan musulman en un même mois, c’est l’occasion rêvée de revenir sur le jeûne, rituel partagé et universel. Les trois grandes religions monothéistes, toutes nées au Moyen-Orient, partagent bien plus qu’un vieux livre et quelques récits de prophètes barbus. En effet, Moïse, Jésus et Mahomet, en chefs spirituels modernes avant l’heure, auraient chacun pratiqué le jeûne pendant plusieurs jours.

Mais le jeûne, ce n’est pas qu’une histoire de s’affamer ! Comme l’analyse Sophie Gherardi, fondatrice du Centre d’étude du fait religieux contemporain, la privation de nourriture trouve ses racines dans la vie humaine : « Dans la société humaine, la conscience que nul excès n’est bon a toujours existé. » Les archéologues confirment d’ailleurs que ces restrictions alimentaires existent depuis la Mésopotamie, et la « sobriété » s’observait aussi chez les Romains polythéistes.

Les variations du jeûne, ou comment donner du sens à la faim

La pratique du jeûne a évolué au fil des siècles et des croyances, mais elle reste un puissant moyen de se tourner vers le spirituel et d’approfondir sa foi. Il ne s’agit pas seulement de dompter ses pulsions, mais de modifier l’état du corps pour « ouvrir l’esprit à la spiritualité ». Le corps mortifié, l’âme en profite pour lorgner vers le divin !

Cependant, chaque tradition porte sa touche bien particulière : du sens de la privation à la manière même de jeûner, impossible de confondre Kippour, Carême ou Ramadan…

Judaïsme : repentir, histoire et solidarité

Dans le judaïsme, le jeûne c’est avant tout une affaire de repentance. Yom Kippour, le « Jour du Grand Pardon », est le summum du jeûne total pour les Juifs. Après les dix jours du Nouvel An, ils s’abstiennent de toute nourriture, boisson, travail et plaisir (adieu chaussures en cuir ostentatoires !) pendant 25 heures. L’objectif : vivre la pauvreté, faire un examen de conscience, et se rapprocher de Dieu, pour « ouvrir les yeux sur ce qu’il faut comprendre ».

La tradition hébraïque regorge d’autres jeûnes liés à l’histoire collective (comme le 9 Av, commémorant la destruction du Temple de Jérusalem), mais leur sens ne s’arrête pas à la mortification : souffrir comme le pauvre, c’est aussi, selon Gherardi, mieux le comprendre… et l’aider le lendemain ! Voilà pourquoi Kippour est respecté jusque chez les juifs laïcs attachés à leur identité communautaire. On jeûne parfois plus pour la mémoire du peuple que pour la pure piété.

  • Repentance et examen de conscience
  • Identification communautaire
  • Sens de la responsabilité sociale

Christianisme : pénitence et imitation du Christ

Sans surprise, le christianisme hérite la pratique du judaïsme. Moïse jeûne 40 jours ? Jésus aussi, juste après son baptême, dans le fameux épisode de la tentation. Depuis le IVe siècle, voilà le Carême : 40 jours avant Pâques où les fidèles alternent abstinence de viande et parfois jeûne total, pour imiter leur modèle.

Si jadis des mystiques (sortes d’« athlètes de la foi ») se privaient longuement, la pratique s’est amollie au fil du temps… Les catholiques ne jeûnent plus que deux fois par an (Mercredi des Cendres et Vendredi saint), tandis que la pénitence persiste chez les orthodoxes, et disparaît chez la majorité des protestants. Souffrir comme le Christ, c’est la base ! Mais la visibilité grandissante du Ramadan insuffle même un « néo-Carême » auto-imposé chez certains jeunes catholiques.

Islam : purification, discipline et fête communautaire

Le jeûne (saoum) occupe une place de choix parmi les cinq piliers islamiques, juste à côté de la prière, l’aumône et autres obligations. Pendant Ramadan, les musulmans jeûnent chaque jour du lever au coucher du soleil, ils s’abstiennent de nourriture, boisson, cigarette et relations sexuelles. Cela ne date pas d’hier : la révélation du Coran au prophète Mahomet, durant ce mois, en est le déclencheur.

Dans cet exercice spirituel exigeant (n’oublions pas que les origines sont désertiques – ne pas boire est un vrai défi !), l’âme est contrainte de revenir à Dieu par la discipline du corps. Si la vie sociale, le sommeil et les repas prennent des allures de cascade chronométrée, cette ascèse renforce la dimension communautaire : 70 % des musulmans français respectent Ramadan, d’après un sondage Ifop. Après l’effort, la joie : la rupture du jeune (iftar) ou la fête de l’Aïd al-Fitr, véritables moments de liesse partagée. D’autres formes existent, comme les jeûnes expiatoires pour compenser ou réparer une promesse non tenue.

  • Pilier central de l’islam
  • Épreuve physique et purification
  • Renforcement de l’identité et du lien communautaire

Qu’on soit croyant ou simple curieux, une chose saute aux yeux : derrière la privation, il y a l’envie de sens, de partage, et de retour sur soi. À méditer… avec un bon verre d’eau à portée de main, pour les moins téméraires !