Des hommes musulmans arrêtés en Inde pour la célébration du Mawlid et l’exposition du drapeau palestinien
Trois hommes musulmans ont été arrêtés dans l’État du Karnataka, dans le sud de l’Inde, après qu’un drapeau palestinien ait été déployé au sommet d’une grande image découpée pour les célébrations du Mawlid al-Nabi, l’anniversaire de la naissance du Saint Prophète Mahomet ﷺ.
L’incident a eu lieu le 24 août à RML Nagar, un quartier de la ville de Shivamogga, selon la plainte déposée par la police. Les trois hommes ont été identifiés comme étant Nihal, également connu sous les noms de Bekku, Umar et Abrahar.
Selon le First Information Report, ou FIR, le document par lequel la police indienne enregistre officiellement les allégations de crime, les hommes sont montés sur la structure, ont déployé le drapeau palestinien et ont enregistré l’acte. La police affirme que la vidéo a ensuite été diffusée sur Instagram. La police du Karnataka affirme que l’exposition et sa diffusion en ligne pourraient « attiser les tensions communautaires », tandis que les critiques se demandent pourquoi le simple fait de manifester sa solidarité avec la Palestine équivaudrait à une infraction pénale.
Le commissariat de Doddapet aurait enregistré l’affaire de sa propre initiative après que la vidéo ait été portée à son attention.
La police a inculpé ces hommes en vertu de trois dispositions de la loi indienne Bharatiya Nyaya Sanhita, ou BNS, la principale loi pénale du pays qui a remplacé le Code pénal indien en juillet 2024.
Les articles cités sont les articles 353(2), 196(1) et 197. Ils couvrent, entre autres, la circulation de matériel susceptible de promouvoir l’hostilité entre les communautés, les actes censés promouvoir l’inimitié entre différents groupes et les affirmations considérées comme préjudiciables à l’intégration nationale de l’Inde.
La police a déclaré que l’affaire ne concernait pas simplement le drapeau palestinien. Leur position est que les circonstances dans lesquelles la vidéo a été diffusée, l’enregistrement de l’incident et la circulation ultérieure de la vidéo pourraient contribuer à « des tensions communautaires et troubler l’ordre public ».
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L’un des hommes, Nihal alias Bekku, a été arrêté pour interrogatoire, tandis que la police recherche Umar et Abrahar, selon des informations locales. L’enquête est toujours en cours.
Un FIR enregistre les allégations et n’établit pas la culpabilité. La question de savoir si les preuves satisfont finalement aux exigences juridiques des articles invoqués sera décidée au cours de l’enquête et, si nécessaire, par les tribunaux.
Un schéma plus large autour des célébrations de l’Aïd
L’affaire du drapeau Shivamogga Palestine arrive à un moment sensible au Karnataka.
Les forces de police de tout l’État ont renforcé la sécurité autour des célébrations du Mawlid de cette année, les autorités déployant des milliers de policiers. Des restrictions locales ont également été imposées sur des activités telles que la musique Nasheed, les feux d’artifice et l’utilisation de certains matériels de célébration.
D’autres incidents impliquant des symboles palestiniens ont été signalés lors des célébrations de cette année.
À Ankola, dans le nord du Karnataka, un jeune homme a brièvement déployé un drapeau palestinien lors d’une procession du Mawlid. La police est intervenue, a confisqué le drapeau et a interrogé le militant en garde à vue.
À Bangalore, une procession du Mawlid dans la région de Basavanagudi a également conduit à un affrontement entre hindous et musulmans. La police a arrêté six personnes et enregistré trois cas à la suite d’allégations de slogans incendiaires et d’affrontements qui ont suivi.
Ces affaires soulèvent la question de savoir où les autorités indiennes établissent la limite entre l’expression politique et un comportement qui peut légitimement être traité comme une infraction pénale.

Les symboles palestiniens sont devenus de plus en plus visibles lors des manifestations musulmanes et des rassemblements religieux en Inde depuis le début de la guerre contre Gaza. Pour les musulmans, le drapeau palestinien est un symbole de solidarité avec les Palestiniens et d’inquiétude face aux souffrances des civils. Cela n’est pas nécessairement considéré comme un soutien à un parti politique ou à une organisation armée. Cependant, les dirigeants indiens et les groupes hindous islamophobes se sont rangés du côté d’Israël lors du récent génocide afin d’élargir leur programme anti-musulman.
L’Inde a historiquement entretenu des relations diplomatiques avec la Palestine et a publiquement soutenu une solution à deux États au conflit israélo-palestinien, mais le Premier ministre Narendra Modi a développé une relation politique et personnelle inhabituellement étroite avec Benjamin Netanyahu d’Israël.
Les critiques de l’action de la police de Shivamogga se demandent comment l’affichage du drapeau, en soi, pourrait équivaloir à promouvoir la haine communautaire ou à menacer l’intégration nationale de l’Inde.
La question juridique est plus compliquée que la seule présence du drapeau. L’article 196 du BNS traite des comportements qui favorisent ou tentent de promouvoir la discorde, la haine ou la mauvaise volonté entre différents groupes. L’article 197 concerne les affirmations susceptibles de nuire à l’intégration nationale, y compris certaines affirmations concernant l’allégeance ou les droits de groupes en Inde.
Les tribunaux indiens ont également souligné que qualifier un discours ou une expression de provocateur ne suffit pas automatiquement à établir une telle infraction. Dans une affaire datant de 2026, la Haute Cour de Madras a observé que les allégations au titre de l’article 196 nécessitent de prendre en compte les mots réellement utilisés, leur contexte et de déterminer s’il existe des éléments montrant qu’ils ont favorisé la discorde communautaire ou perturbé la tranquillité publique.
Cela rend les circonstances de l’incident de Shivamogga importantes pour l’évaluation juridique, y compris ce qui a été dit ou fait pendant que le drapeau était déployé et ce que contenait réellement la vidéo diffusée en ligne.
La police maintient cependant que son enquête se concentre sur la manière dont le drapeau a été déployé, sur l’enregistrement de l’incident et sur la diffusion ultérieure de la vidéo. Ils ont déclaré que cette affaire ne concernait pas la solidarité palestinienne elle-même.
Pour l’heure, les trois hommes restent accusés et n’ont été reconnus coupables d’aucun délit. Les allégations devront être testées par le biais de la procédure judiciaire indienne.
Dans le même temps, cette affaire a ouvert un débat plus large sur la manière dont les expressions politiques et humanitaires de soutien à la Palestine sont traitées en Inde, en particulier lorsqu’elles ont lieu lors de célébrations religieuses.
