Porter la barbe : ni obligation ni simple mode, voici sa vraie signification dans l’islam
Porter la barbe : ni obligation ni simple mode, voici sa vraie signification dans l’islam
Un petit tour dans la rue, et voilà une mosaïque de visages : certains mentons lisses comme des galets, d’autres fièrement drapés d’une barbe fournie. Pourquoi tant de diversité, et surtout, chez de nombreux hommes musulmans, pourquoi cette attache particulière à la barbe ? Est-ce un signe religieux obligatoire, une tradition à suivre, ou tout simplement une mode capillaire version “vintage prophète” ? Accrochez vos mousses à raser, et partons à la découverte de la barbe dans l’islam, entre croyances, histoire et… coups de vent.
La barbe dans l’histoire musulmane : un héritage du Prophète
Pour comprendre la passion pileuse de certains croyants, il faut remonter à la source (et on ne parle pas du coiffeur du coin). Dans la tradition musulmane, le port de la barbe plonge ses racines dans l’exemple du Prophète Mahomet. Décrit, des siècles après sa mort, par l’historien al-Tabari : “Son teint était d’un blanc rosé, ses yeux noirs, ses cheveux épais, brillants et beaux. Sa barbe qui entourait tout son visage était bien fournie.” Voilà un portrait qui donne envie de ranger sa tondeuse.
À l’époque, il n’était pas question de selfie retouché : pas de portraits, la représentation humaine étant alors interdite dans l’islam des débuts. C’est donc par ces descriptions tardives que s’est imposée l’image d’un Mahomet barbu. Selon d’autres traditions orales, le Prophète aurait même incité les fidèles à se laisser pousser la barbe afin de se distinguer des polythéistes, qui eux, préféraient le rasage de près. Pour certains musulmans aujourd’hui, imiter ainsi l’apparence du Prophète est perçu comme une manière ostentatoire de signifier son appartenance religieuse ou encore d’affirmer la dignité masculine.
Barbe islamique : une obligation ou une tradition ?
Quand on creuse la question, surprise : le port de la barbe n’est pas aussi carré que certains le pensent. D’abord, le Coran – qui est, rappelons-le, la référence suprême – ne mentionne nulle part l’obligation de porter la barbe. Oubliez la chasse au verset ! Mais alors, pourquoi le sujet anime-t-il encore tant de débats dans la communauté ?
Dans la pratique, le port de la barbe est généralement considéré comme une sunnah : autrement dit, une tradition recommandée, inspirée par le Prophète lui-même. Mahomet aurait encouragé les hommes musulmans à laisser pousser leur barbe et à bien tailler leur moustache. Et c’est là que la diversité des écoles juridiques musulmanes entre en jeu :
- L’école hanbalite la considère comme obligatoire.
- D’autres, comme les écoles hanafite et malékite, la voient simplement comme recommandée (un conseil plus qu’un décret).
Mais rassurez-vous, si la barbe se fait rare, pas d’excommunication en vue : il est bien admis que l’absence de barbe ne remet pas en cause la foi d’un musulman. On évite donc de juger son voisin de prière sur sa pilosité : la spiritualité ne se mesure pas à la longueur du poil.
À quoi sert la barbe, scientifiquement parlant ?
Quittons un instant le terrain religieux pour celui, follement passionnant, des chercheurs en poilologie (superbe discipline, avouons-le). La barbe, ce n’est pas qu’une affaire de foi, c’est aussi une question de biologie. Mais alors, protège-t-elle de la grippe polaire, ou fait-elle juste joli sur les portraits de famille ?
Eh bien, les spécialistes sont divisés :
- Certains avancent que la barbe agit comme une véritable “barrière naturelle contre les intempéries”. Elle protège du froid, garde la peau au chaud par température basse, et offre un écran (parfois partiel) contre les rayons UV et le vent.
- D’autres balaient l’hypothèse. Si la barbe était vraiment indispensable à la survie, pourquoi les femmes n’en auraient-elles pas, elles aussi ? Pour ce camp, la barbe serait avant tout… “décorative”. En clair, elle ne servirait pas à grand-chose, si ce n’est donner du caractère au visage et (parfois, magie des hormones) le rendre plus séduisant.
Geoffrey Miller, professeur à l’Université du Nouveau-Mexique, résume la chose en deux lignes : les poils faciaux serviraient à attirer les partenaires (l’attraction intersexuelle) et à impressionner ou intimider les rivaux (la compétition intrasexuelle). Comme quoi, la barbe n’est pas qu’un accessoire de mode ou qu’un marqueur religieux : elle relèverait aussi d’une vieille histoire de séduction et de rivalité entre mâles !
Conclusion : Entre tradition, foi et mystères pileux
La barbe, chez les musulmans, oscille donc entre tradition religieuse, inspiration prophétique, identitaire et, pourquoi pas, accessoires biologiques un brin mystérieux. Si certains la portent pour suivre la sunnah et afficher leur foi, d’autres y voient simplement une esthétique ou une protection naturelle. Une chose est sûre : il n’existe pas d’obligation stricte universelle dans l’islam quant au port de la barbe, et l’on gagnerait tous à ne pas juger autrui sur la base de ses choix pileux. En somme, chaque barbe (ou absence de barbe) raconte sa propre histoire, entre croyance, culture et… un zeste de coquetterie !
